Data Art : La donnée comme matériau d’origine


Data Art : La donnée comme matériau d’origine
L’homme a toujours ressenti le besoin d’amasser des données et de chiffrer son existence. Au cours des dernières décennies, l'explosion de la puissance de calcul des ordinateurs a fait basculer l’humanité dans une nouvelle ère : celle du Big Data, ces milliards de données brut collectées automatiquement par des machines autonomes. Il suffit d’utiliser 24 heures son smartphone pour s’en convaincre : tout flotte désormais dans le cloud. Alors que les réseaux sociaux conservent dans le marbre binaire l’ensemble de nos échanges et de nos données personnelles, l’intégralité de nos déplacements – et a fortiori de nos pérégrinations nocturnes en Uber – constitue des données exploitables.
C’est simple, le Data et les algorithmes sont partout – qu'il s'agisse de « shazamer » le dernier son à la mode, de calculer le nombre de calories perdues lors de sa dernière séance de vélo elliptique, ou de se trouver un nouveau date sur Tinder. D’après les laboratoires IBM, « nous créons chaque jour 2,5 trillions d’octets de données. Si vite que 90 % des données mondiales existantes ont été créés dans les deux dernières années seulement. » Et le phénomène progresse. Selon l’lDC (International Data Corporation), la masse de données que nous créons et copions annuellement atteindra 44 zettabytes en 2020, soit la modique somme de 44 milliards de gigas. Tandis qu’à l’horizon 2025, approximativement 80 milliards d’appareils seront connectés à internet (contre 11 milliards aujourd’hui). Vertigineux…
Le cloud comme playground
Pour combattre la méfiance légitime suscitée par ce magma d’informations, des artistes s’en emparent et le présentent sous forme d’oeuvres. Graphiques, statistiques et autres calculs deviennent alors une matière de choix dans laquelle venir puiser, pour redonner du sens à notre monde dématérialisé. Fini les pâles graphiques en deux dimensions et les camemberts austères des pages politiques de nos journaux. Transformé en images, en objet, ou en sons, toutes ces données immatériels et abstraites, bien que puisées dans notre environnement quotidien, prennent une dimension nouvelle et nous aident à mieux appréhender le présent.
Vidéos, installations, drones, réalité virtuelle ou augmentée, impressions 3D ou récupération de métadonnées sur Internet, les Data Artists rivalisent aujourd’hui de créativité. A l’image d’Aaron Koblin, dont l’œuvre hypnotique Flight patterns propose de visualiser toutes les données disponibles sur le trafic aérien américain, pour mieux rendre compte de l’incessante mobilité des individus au XXIème siècle.Aaron Koblin - Flight Patterns
Plus rock, Peter Crnokrak propose quant à lui Love Will Tear Us Apart Again, un diagramme de l'impact émotionnel provoqué dans le monde par les centaines de reprises du classique de Joy Division.
Peter Crnokrak - Love Will Tear Us Apart Again
Dernièrement, l’artiste new-yorkaise présentait Floating Data, une installation de « Self Tracking » composée de 60 panneaux d’aluminium anodisé représentant ses déplacements dans son quartier de Brooklyn, en fonction des données de géolocalisation de son Iphone.
Laurie Frick - Floating Data
Réalisme 2.0
Pour ces artistes habitués des TED Talks, il s’agit d’évoluer dans un écosystème numérique dont ils ne peuvent plus faire abstraction. Et de l’infiltrer, pour mieux le raconter. Une sorte de réalisme digital en somme, au sens artistique du terme. Car contrairement au peintre romantique, l’artiste réaliste s’est toujours nourri de la vie ordinaire et de ce qui l’entoure. Comme Au XIXe siècle, lorsque Gustave Courbet s’attachait à dépeindre le labeur et la vie quotidienne des classes populaires. A l'ère du tout digital, le Data Art revient ainsi à appliquer le réalisme à un environnement de réseau. Preuve de cet encrage dans le réel, certains artistes vont jusqu’à mettre leur travail au service de la science. Comme le peintre new-yorkais Daniel Kohn, qui a passé une année entière en résidence à la Albert Einstein School of Medicine, pour transmettre aux généticiens des moyens de représenter leurs données digitales de manière intuitive et simplifiée.

Source: https://usbeketrica.com/article/data-art-la-donnee-comme-materiau-d-origine

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